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Confinement : le retour du chant des oiseaux.

Il faudra m’expliquer un jour comment font les Parisiens, eu égard au prix de l’immobilier, pour avoir, en plus, une maison de campagne. L’exode massif de ces derniers jours est aussi un indicateur de certaines inégalités sociales. Mais je ne suis pas envieux, j’ai même de la chance : à Paris, je dispose d’un balcon, qui donne sur la coulée verte, cette longue bande piétonne (et cyclable) qui permet de relier le quartier de la Bastille au bois de Vincennes.





Le week-end et les après-midi, après l’école, c’est un peu bruyant, les enfants qui s’y promènent s’expriment uniquement à base de hurlements. HIIIIIIIIIIIIIIII. HIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII. Les parents ont l’air de trouver ça marrant.

Moi ? Moins. Alors imaginez mon bonheur depuis mardi et le début des mesures de confinement. Plus un bruit. Le silence.


Hier, comme il faisait beau, je m’y suis installé (sur mon balcon) pour lire un moment. C’est alors que je les ai entendus, pas très forts au début, puis de plus en plus distinctement. Les oiseaux : ils étaient revenus ! Du moins ai-je à nouveau été en mesure de les entendre.

’Il y a des corneilles partout dans nos villes’’ écrit Baptiste Morizot dans son dernier essai, ‘’Manières d’être vivant’’ (Actes Sud) ‘’leurs appels arrivent chaque jour à nos oreilles et nous n’entendons rien, parce qu’on les a transformés en bêtes dans nos imaginaires : en ‘nature’. Il y a quelque chose de triste dans le fait que les dix chants d’oiseaux différents qu’on entend chaque jour ne parviennent pas au cerveau autrement que comme bruit blanc…alors qu’ils constituent, pour qui veut bien essayer de les traduire…des myriades de messages géopolitiques, de négociations territoriales, de sérénades, d’intimidations….’’


J’aurais bien aimé le démentir mais mes connaissances en ornithologie me permettent tout juste de distinguer le chant du coq et celui du coucou. Pour le reste, nada ! Je vais néanmoins tenter de retranscrire, à l’écrit, leur discussion animée.


L’un d’eux (ou l’une d’ailes) s’exprime en morse : tip tip tiiiip tip tip tiiiip tip tip tiiiip, silence, et puis rebelote. Ailleurs, un bruit de manivelle, mais une manivelle qui aurait besoin d’huile, ça grince, ça couine même, c’est un oiseau, j’aimerais bien savoir lequel. Un autre s’exprime à coups de ‘’tac-tac’’, comme si on tapait l’une contre l’autre des planchettes en bois. Au loin, des cris de mouettes (mais s’agit-il bien de mouettes ?) et un croa-croa solitaire (mais s’agit-il bien d’un corbeau ?). Mon préféré ne chante pas, il sifflote, des petits grelots dans la voix. Je ne sais pas si les oiseaux peuvent être heureux mais si oui, alors c’est le cas de celui-là.


On apprend tout un tas de choses dans ‘’Habiter en oiseau’’ de Vinciane Despret (Actes Sud), comme par exemple la façon qu’ont ces animaux d’occuper leur territoire, notamment par le chant. Ce qui s'apparente, à l’oreille du profane, à un concert désordonné est en fait une petite symphonie savamment orchestrée. Lorsque les oiseaux chantent, ils sont à l’écoute des autres.


Il n’y a ‘’ni cacophonie, ni intervalles de silence, mais une partition faite de relais et de reprises. Ces chorus témoignent…d’une véritable coordination entre les oiseaux, ils attestent l’existence d’une forte association entre eux’’, leurs territoires ‘’sont des compositions et des accords mélodiques’’, ‘’car c’est cela également vivre dans un territoire chanté : c’est composer et s’accorder avec des chants’’. Je ne sais pas précisément pourquoi, mais cet extrait du livre de Vinciane Despret m’a fait penser au chant des Italiens à leurs fenêtres.


On écoute à nouveau les oiseaux distinctement à Paris, et sans doute dans les autres villes en ce moment. C’est le grand paradoxe de cette période de confinement, que de nous faire entendre ce qui est en train de disparaitre.


Crédits: Hervé Gardette

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