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Les forêts seraient des alliées pour réduire la pauvreté

Une meilleure gestion de ces espaces, impliquant les populations locales, pourrait contribuer à éradiquer l’extrême pauvreté, selon un nouveau rapport international.


Face à la crise sanitaire liée au Covid-19, l’extrême pauvreté devrait augmenter pour la première fois depuis vingt-cinq ans, selon la Banque mondiale. D’ici à la fin de 2021, jusqu’à 150 millions de personnes devrait basculer sous le seuil fixé à 1,90 dollar (1,62 euro) par jour. Afin d’enrayer cette tendance, les forêts pourraient être des alliées précieuses, d’après un nouveau rapport publié jeudi 15 octobre par l’Union internationale des instituts de recherche forestière (Iufro).


Ce rapport de plus de 300 pages a été rédigé par groupe de 21 experts internationaux dirigé par Daniel Miller, chercheur à l’Université de l’Illinois (Etats-Unis). « Cette évaluation arrive à un moment critique, constate Sandra Luque, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), qui n’a pas participé aux travaux. L’augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique, l’accroissement des inégalités et la propagation des maladies infectieuses, entre autres, aggravent une situation déjà précaire pour les plus pauvres. Il est donc essentiel d’examiner le rôle des forêts dans le développement en général et dans l’éradication de la pauvreté en particulier. »


« Les forêts et arbres sont cruciaux pour la survie et le bien-être de beaucoup de personnes pauvres dans le monde entier », explique M. Miller. Selon le rapport, plus de 1,6 milliard de personnes sur Terre vivent à moins de cinq kilomètres d’une forêt, dont 250 millions d’extrêmes pauvres, qui dépendent souvent d’elle pour leurs ressources alimentaires, leurs habitats, leurs médicaments et leurs ressources énergétiques.


« L’important n’est pas uniquement de protéger les forêts »


Pourtant, à en croire l’étude, les populations locales ne profitent que rarement de la grande majorité des bénéfices qu’apportent ces espaces. « Sur le long terme, le secteur forestier semble avoir davantage contribué à la prospérité économique des pays européens, qui ont historiquement dominé l’exploitation et la conversion des terres forestières », note Sandra Luque. Le rapport prend comme exemple le bassin du Congo, qui a enrichi pendant des décennies les puissances coloniales belge, française et allemande, sans profiter au pays. « Plus récemment, c’est la Chine qui s’est mise à occuper cette place d’exploitation. »


Pour les chercheurs, il est nécessaire aujourd’hui de rediriger les ressources vers les populations locales. « L’important n’est pas uniquement de protéger les forêts, mais surtout de les gérer différemment », souligne Mme Luque. Selon le rapport, les solutions se trouvent dans différents types de gestion : l’agroforesterie, l’écotourisme, les communautés forestières, les organisations de producteurs forestiers, etc.


Deux points communs entre ces différents systèmes : une gestion effectuée par les communautés locales et des retombées économiques qui bénéficient majoritairement à des personnes en situation de pauvreté. « Au Kenya par exemple, les forêts jouent un rôle important dans les activités touristiques, qui comptent pour un quart du PIB [produit intérieur brut], relève Daniel Miller. Dans certains pays, des petites entreprises de communautés forestières se mettent en place. Au Bénin, par exemple, la noix de karité cultivée en agroforesterie permet de faire vivre des femmes qui étaient en situation d’extrême pauvreté. »


« Trouver des solutions sur mesure »


Au dire du chercheur, les forêts sont d’autant plus importantes pour les populations indigènes et les populations marginalisées. « Elles aident à atténuer les risques liés au changement climatique, aux maladies, note-t-il. Comme nous avons pu le voir avec la crise du Covid, par exemple, lorsque les forêts sont détruites, les animaux perdent leurs habitats et risquent davantage de transmettre des maladies. Et les premières personnes touchées sont les plus pauvres. »


Cependant, pour réduire l’extrême pauvreté, il n’existe pas de solution unique. « L’agroforesterie, la gestion communautaire, l’écotourisme : tous peuvent permettre la diminution de la pauvreté, estime Sandra Luque. Mais il est important de faire du cas par cas et de trouver des solutions sur mesure en incluant toujours les acteurs locaux. »


Alors que les forêts apportent des ressources indispensables à une grande partie de la population mondiale, aujourd’hui l’équivalent d’un terrain de football de forêt est perdu toutes les six secondes . « Dans les pays développés, nous pensons à cette catastrophe en termes d’environnement, d’écologie », observe Daniel Miller. Mais, selon lui, cette crise est avant tout économique et sociale : « Si nous perdons les forêts, nous perdons la lutte contre la pauvreté. »



Crédits : Le Monde ; Clémentine Thiberge

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